MESSAGE DE BANACONGO-SECTION SUISSE

Genève, le 5 mai 2006.

Chers Compatriotes,

Chères Sœurs, Chers Frères Congolais,

Comme à chaque fois que j’ai le très grand honneur de m’adresser à vous, que vous soyez de la diaspora ou que vous résidiez au pays, je veux commencer par vous dire mon admiration pour l’engagement que vous montrer dans le combat pour le futur de notre nation.

Certains d’entre vous luttent depuis plusieurs décennies contre toute forme de dictature et d’autre on rejoint la lutte depuis peu. Il existe bien sur des divergences mineures dans l’approche que nous avons de cette lutte, mais nous avons tous le même but, l’avènement d’un Etat de droit, démocratique et juste où chaque fille et chaque fils du Congo pourra vivre en paix, en liberté et en sécurité.

Oui c’est bien pour cela que nous combattons !

Du moins, c’est pour cela que moi je lutte. Car, alors que l’on me demande que ferais-je une fois au pouvoir, moi je ne cesse de répondre que je ne veux pas le pouvoir ! Parce que je ne saurais qu’en faire et parce que je ne suis pas fait pour le pouvoir.

Mais alors, qu’est-ce que je veux ?

Permettez alors, chers compatriotes réunis à ce Congrès Mondial des Congolais de l’étranger, de partager avec vous une vision. Une vision et un rêve qui doit se concrétiser et devenir une réalité.

Je vous demanderai de ne pas fermer les yeux pour rêver, mais de vous projeter au fond de vous-même, de vous enfouir dans votre être spirituel et de regarder avec acuité votre âme et votre conscience. Et je vous demanderai alors cette simple question : Que voulez-vous que le Congo soit demain ?

Au regard de ce qui se passe en ce moment, il semble que ce rêve d’un Congo démocratique ne puisse pas se réaliser prochainement si nous laissons les opérations en cours aller jusqu’à leur terme. Je sais qu’en disant cela, nombreux sont ceux qui interjetteront que le peuple en a assez des transitions à rallonges et que la seule chose qu’il veut c’est voter, élire enfin des dirigeants de son choix. N’est-ce pas ce que l’on entend à longueur de journée lorsque l’on évoque la situation de notre pays ? N’est-ce pas ce que l’on nous ressasse sempiternellement lorsqu’il est question d’en finir avec la crise de légitimité du pouvoir en place à Kinshasa ?

Personne ne dira le contraire, car ce vœux d’avoir des élections, nous le faisons tous. Tous les congolais formulent ce souhait de pouvoir se glisser dans l’isoloir et de poser cet acte si important qu’est le vote. Et nous aurons un vote, oui nous aurons un scrutin électoral qui permettra au Congo de se doter d’une légitimité incontestable et incontestée tant par le monde extérieur, que par tout le monde à l’intérieur.

Mais je suis au regret de vous dire que plusieurs millions de congolais ont d’autres préoccupations en ce moment. Plusieurs millions de congolais ne sont pas là à se demander pour qui voter ou à quel projet politique adhérer.

Non, mes chers amis ! Il me semble que nous avons quelque peu oublié que pour nos frères et sœurs du Kivu, de l’Ituri, du Katanga et ceux d’autres lieux, le cauchemar des exactions, massacres, pillages, violences, tortures, violations des droits humains, enlèvements, arrestations et détentions arbitraires et autres ignominies que nous pouvons à peine imaginer, ce terrifiant cauchemar continue jour après jour. Et je crois que si vous leur parler des élections qui se préparent, ce n’est pas de la joie que vous verrez dans leurs yeux, mais c’est une immense tristesse et des larmes d’une douleur trop longtemps subie qui vous sautera au visage.

Rien qu’à Bukavu, elles sont plus de 10'000 femmes de tous âges qui ont vécu l’enfer du viol et de tout le cortège d’horreurs qui a accompagné les divers rebellions ironiquement et faussement appelées guerres de libération par ceux qui les ont fomentées. En sachant que ce chiffre est très certainement trois ou quatre fois inférieur à la réalité et en multipliant cette projection dans toute la partie est du pays, alors vous apparaîtra la dimension réelle de ce que vit le pays depuis 1996. Dans un excellent reportage diffusé jeudi dernier le 4 mai 2006 sur la chaîne France2, un de nos compatriotes s’est exclamé « ici c’est pas un pays, ici c’est un cadavre ». Et je ne peux depuis m’empêcher de voir effectivement le Congo comme une bête terrassée et à terre alors qu’une meute de charognards lui déchirent les entrailles et se disputent les meilleurs morceaux et que non loin de la curie se tiennent les maîtres de ces charognards.

Joseph Kabila, installé par on ne sait trop qui au poste de Président de la République Démocratique du Congo, s’enorgueilli d’un bilan dithyrambique de ses cinq années à la tête de notre pays. Mais la vérité de son bilan, vous la trouverez dans les souffrances que vivent nos compatriotes non seulement à l’Est, mais aussi dans le reste du pays.

Et à ceux qui veulent contester cette réalité limpide, je ne leur demanderai qu0une chose : Depuis ce jour de janvier 2001 qui le vit prendre le pouvoir, qu’a-t-il réalisé de concret qui est servi le peuple ?

Nous n’avons pas d’armée, nous n’avons pas la pacification et la réunification du territoire national, nous n’avons pas la sécurité des biens et des personnes, nous n’avons pas d’élections crédibles, libres, transparentes et inclusives, nous n’avons pas d’électricité dans nos maisons, nous n’avons pas d’eau potable, nous n’avons pas de système de santé viable, nous n’avons pas de système éducatif adéquate et efficient, nous n’avons pas de téléphone à la maison pour communiquer, nous n’avons pas de routes dignes de ce nom pour circuler librement, nous n’avons pas de compagnie aérienne nationale, pas de compagnie maritime nationale, pas de trains ni de réseau ferroviaire, pas de travails ou alors pas de salaires, nous n’avons pas d’assurance sociale, pas de service postale, pas de retraites d’anciens combattants, pas de pensions pour les veuves de militaires, nous n’avons pas manger, pas de vêtements….Je ne peux même pas continuer car nous n’en finirions plus !!!

Par contre Kabila et ses acolytes ont des Jeeps XTRAILS, des maisons avec tout le confort, des avions privés pour aller se faire soigner dans les meilleurs établissements médicaux hors du pays, des escortes motorisées qui filent dans les rues défoncées de Kinshasa, ils ont des salaires mirobolants qui leur permettent de poser leurs candidatures à 50'000 $, ils ont des gardes prétoriennes pour assurer la sécurité de leurs biens et de leurs personnes, et qui peut servir aussi à tabasser, humilier, arrêter, intimider et assassiner tout individu de ce peuple de « chiens que l’on peut écraser » qui oseraient réclamer un os à ronger. Ils ont le GSSP, l’ANR, et en plus ils ont le soutien plus ou moins évident de soldats professionnels qui vont débarquer à Kinshasa ces prochains jours pour renforcer leur dispositif de contrôle de LEURS ELECTIONS. Et gare à ceux qui auront l’outrecuidance de se mettre en travers de leur route pour tenter de faire échec au magnifique plan qu’ils ont ourdi sous les bons auspices du Grand Maître Louis.

L’un des refuges des malheureux, l’Eglise, n’en pouvant plus d’entendre les lamentations du peuple, s’est fait violence et s’est départit de son devoir de réserve politique. Les deux plus hautes personnalités cléricales du Congo se sont exprimé et n’ont pas mâché leurs mots :

« Il y a des étrangers qui président aux destinées de notre Patrie ! Leurs véritables identités doivent être révélées ! »

Et encore :

« Pas de prolongation de la transition sans concertations sur ce point précis » (n’en déplaise à nos contradicteurs qui disent que ce que nous voulons c’est des négociations pour bloquer la totalité du processus).

« Pas d’exclusion d’une partie importante de congolais ».

Pas d’exclusion ??? Croyez-vous que ceux de l’Ituri vont pouvoir voter ? Croyez-vous qu’ils ont en ce moment la tête en état pour penser à qui ils vont bien pouvoir donner leurs voix alors que la lecture de la liste des candidats doit leur apparaître comme la liste de leur tortionnaire ?

Moi je ne le crois pas…Et si eux ne peuvent pas voter librement, démocratiquement, de façon transparente, sans pressions, alors personne ne peut dire que nous allons avoir des élections crédibles.

Je me joins à tous les patriotes congolais qui tendent vers la création imminente d’un large FRONT DE LA PATRIE, une large coalition congolais engagés pour un avenir meilleur que ce qui nous est préparé en ce moment. Je me joins et vous demande de vous joindre à ce mouvement pour la sauvegarde de la Patrie en taisant une fois pour toutes les divergences tribales et ethniques, car notre seule tribu et notre seule ethnie c’est le Congo.

Je vous souhaite un bon congrès et vous adresse encore une fois toute mon admiration patriotique.

Philippe Lomboto Liondjo

Bana Congo, Section Suisse