TÉMOIGNAGE D’UN CONTEMPORAIN: MA MISE AU POINT AU SUJET DES ORIGINES CONGOLAISES  DE M. JEAN-PIERRE BEMBA GOMBO, FILS DE MARIE-THÉRESE ET JEANNOT BEMBA

Bouhdan M’BEMBO, Politologue

New York, Etats-Unis d’Amérique, le 12 septembre, 2006.

Bien que vivant à l’étranger, je suis (du verbe suivre) assidûment ce qui se passe chez moi, au Congo-Kinshasa, par amour pour la terre qui m’a vu naître et grandir ; et dont le système éducatif m’a permis d’acquérir une formation intellectuelle quasi-gratuite, de l’école secondaire (sans minerval) à l’Université (boursier du gouvernement). J’ai lu sur l’internet que la mère de M. Jean-Pierre Bemba Gombo est Congolaise de la rive droite, donc du Congo-Brazzaville. J’ai simplement rigolé sans plus. Mais le week-end passé, un compatriote, M. Bruno Lukabu, Président du Congo Sans Frontières, m’a interloqué au cours d’une conversation téléphonique que j’ai initiée, par la considération, minime soit-elle, que lui et certains autres compatriotes dont il a fait écho donneraient à cette mensongère affabulation. A la fin de notre entretien, il a été convaincu du contraire et m’a demandé de mettre mon témoignage par écrit  pour une large diffusion. C’est donc en réaction au mensonge que certains esprits malicieux sont en train de répandre sur les origines de la mère de Jean-Pierre pour semer le doute dans l’esprit des compatriotes irréductiblement engagés pour la victoire de « Mwana Congo » que je couche ces lignes en toute intégrité.

Mon témoignage relève naturellement de l’histoire. Et comme mon professeur de Critique historique en deuxième graduat des relations internationales, M. Ndaywel-e-Nziem, m’avait enseigné et je le paraphrase : en matière de l’histoire immédiate, la compétence du témoin ou des témoins est fondamentale pour établir la véracité des faits relatés. Le témoin est-il contemporain des faits relatés, où se trouvait-il dans le temps et dans l’espace ? A-t-il des motifs de mentir ? Fut-il un des acteurs ? Sinon, quelles sont ses sources d’information ? Celles-ci étaient directement impliquées ou pas ? Ses sources sont-elles de seconde main ? Le témoin parle-t-il la langue des acteurs ou de ses sources ? Avait-il, ou a-t-il la compétence nécessaire de donner un témoignage factuel et véridique ? Je vous laisse apprécier mon témoignage au bout de cette livraison.

Bemba père est né en 1941, il est mon aîné de treize ans tandis que son fils, Jean-Pierre, est mon cadet de huit ans. Je suis donc un contemporain et au père et au fils. Grandissant, la réussite du père comme entrepreneur était spectaculaire et faisait de lui un point de mire de la jeunesse Ubangienne (Ubangi) en général, et Gemenoise (GEMENA) en particulier. Sa chaîne de magasins, sa flotte fluviale et automobile ainsi que ses plantations étaient connues sous l’appellation des établissements Jeannot Bemba, puis comme SCIBELI, Société Commerciale et Industrielle Bemba Litho, de 1968 à 1972. En 1972, contre toute attente, M. Litho, un autre natif de l’Ubangi, fit bloquer tous les comptes bancaires de Scibeli. Ceci aboutit à la dislocation de Scibeli laissant Bemba père évoluer seul comme propriétaire de Scibeli rebaptisée Scibe-Zaïre (Société Commerciale et Industrielle Bemba Zaïre).

Deux ans avant cette dislocation, Bemba père avait convaincu mon oncle, Feu Félicien Penze Zamba, un diplômé de l’Ecole Professionnelle Agricole (E.P.A.) de Bwamanda, où Maréchal Mobutu fut étudiant avant de rejoindre le Groupe Scolaire de Mbandaka, d’intégrer Scibeli, ce n’était pas encore Scibe-Zaïre, comme Directeur de Plantations à Boyabozo, Territoire de Businga, District de la Mongala.  Oncle Penze était en ce moment l’Agronome du territoire de Libenge stationné à Bomuto, où j’avais passé une partie de mes grandes vacances scolaires de 1970. En Octobre 1970, j’étais alors étudiant en troisième littéraire à l’Athénée de Gemena, Tonton Penze quitta ses fonctions publiques pour travailler pour Bemba père, au sein de la Scibeli à Boyabozo comme chef de plantations adjoint à M. Louis Vincelli Masikini, un autre métis comme Bemba. Fin 1973 et début 1974, Scibe-Zaire fut davantage élargie grâce à l’acquisition de nouvelles unités de production, de distribution, de transport fluvial et de surface à la suite des mesures de zaïrianisation.

Mais l’euphorie engendrée par cette expansion fut de courte durée. En août 1974, Mama  Marie-Thérèse Bemba accoucha par césarienne d’un garçon, nommé Jacques, en souvenir de Feu Jacques Pollet, fils de M. Jean Pollet, un Belge, et Mama Mbenzi Pollet, une Congolaise. Comme tel, Jacques Pollet est le cousin germain de Jeannot Bemba. Jacques Pollet mourut tragiquement et prématurément au cours d’une partie de chasse aux buffles. D’ailleurs, le post nom de Bemba : SAOLONA, qui signifie carence de proche parent ou famille, est en référence à  Feu Jacques Pollet.

Jacques Bemba mourut malheureusement peu après sa naissance. Mama Marie-Thérèse en fut très affligée mais réussit néanmoins à dissimuler ses peines et émotions au point que son mari, ne doutant absolument de rien, raccompagna Jean-Pierre qui était au bout de ses grandes vacances à Karawa jusqu’à Kinshasa. Mama Marie-Thérèse était si dévastée qu’elle avait même cessé de prendre ses médicaments, à l’insu de son médecin traitant et de la famille. Elle mourut subitement des suites d’une infection de sa plaie chirurgicale pendant que son mari se trouvait à Kinshasa; laissant derrière elle et par ordre d’âge: Jean-Pierre, Caroline, Françoise, et Cathy, orphelins de mère. Personne ne savait exactement où Jeannot se trouvait à Kinshasa pour lui communiquer la triste nouvelle. M. Abraham Bako, alors son secrétaire particulier, déclencha une recherche frénétique pour le localiser à partir de Karawa, le siège social de Scibe-Zaire. Une fois joint et informé, Jeannot regagna Karawa tout éploré et sans vigueur. Oui, je me souviens vivement encore de ce malabar de trente-trois ans qui se tenait à peine debout, que Feu Théobald Sagboze, alors fiancé à Marie-Claire, la petite sœur de Jeannot, aidait à se déplacer.

Jacques junior fut inhumé au cimetière de Karawa et selon la tradition, sa maman devait être inhumée à ses côtés. Une autre option était le caveau familial à Motenge-Boma, le siège de la Chefferie de Motenge-Boma et Yumbi. Mais le choix d’une sépulture à Libenge s’imposa parce que la défunte y a passé le plus clair de sa prime jeunesse. Karawa et Libenge sont distants d’environ deux cent quatre-vingt kilomètres. Un long cortège funèbre s’ébranla de Karawa et fit chemin jusqu’à Libenge. Je venais à peine d’obtenir mon diplôme d’Etat et Tonton Penze me chargea de la direction des affaires de la famille pendant qu’il fit le déplacement de Libenge. L’événement alimenta de plus bel les conversations sur les coutumes des Ngbaka, l’ethnie de Jeannot et des Banzombo (Monzombo au singulier), l’ethnie de Mama Marie-Thérèse. Je m’en régalai fort bien et appris à l’occasion beaucoup au sujet de ces deux ethnies aux coutumes si rapprochées et n’ayant pourtant pas de contiguïté territoriale. Une fois à Libenge, les Banzombo prévalurent à imposer leur rite pour la circonstance ; quoi de plus normal car ils étaient chez eux, et, comme les Ngbaka disent : «qui donne l’hospitalité détermine le protocole», me rapporta Tonton Félicien après son retour de Libenge.

Mama Marie-Thérèse Bemba est d’une famille bien connue à Libenge et dans la région. Elle est née Marie-Thérèse WOSSUMU, de M. NGOBO, un Congolais, Chef Coutumier de Motenge-Boma et Yumbi, Territoire de Libenge, District de l’Ubangi (Sud-Ubangi ne datant que de 1976). Sa mère est originaire du même territoire. Les deux parents sont de l’ethnie Monzombo qui n’existe que dans le Nord-Ouest de la République Démocratique du Congo et nulle part ailleurs. A ne pas confondre donc avec un autre groupe ethnique qu’on trouve au Congo et en Angola, les Bazombo.  Pour les besoins de sa scolarisation, la jeune Marie-Thérèse Wossumu fut confiée à un oncle paternel, un Commerçant de profession basé à Libenge. Un ordre des Sœurs religieuses d’origine Italienne y avait établi une école primaire et un lycée catholiques exclusivement dédiés à l’éducation des filles. Une première dans la contrée.

M. Paul Bandoma Vemba Nzongbé, une figure de proue du PPRD, peut d’ailleurs mieux témoigner que moi, de l’ascendance Congolaise de Mama Marie-Thérèse. Car les deux sont des contemporains et ont grandi dans la même ville : Libenge. Comme enfant et jeune homme, Paul a connu les parents de la jeune Marie-Thérèse, future épouse de son condisciple de l’Ecole Professionnelle Officielle des Métiers, E.P.O.M., de Gemena : Mr. Jeannot Bemba. Lui, était fils d’un Pasteur ; elle, fille d’un Chef Coutumier confiée aux soins d’un Oncle Commerçant. Les deux familles étaient prospères et avaient une certaine visibilité locale. Dans une petite bourgade de moins de cinq mille habitants à l’époque, les deux familles, parents et enfants, ne pouvaient s’ignorer.

Comme couple, les Bemba avaient un Conseiller spirituel en la personne de Vicaire Constant Senemona, un autre témoin privilégié que d’aucuns peuvent contacter si besoin est.

Bemba père est, quant à lui, né de Mama Olofio, une Congolaise, originaire du village de BOMBILI, Collectivité locale LUA, Territoire KUNGU, District du Sud-Ubangi, Province de l’Equateur. Son père fut un proche associé de M. Jean Pollet, époux de Mama Mbenzi, grande sœur de Mama Olofio. Mama Olofio convola en secondes noces avec un compatriote Congolais originaire du Bas-Congo. De cette union naquit Marie-Claire, la jeune sœur de Jeannot. Feu Jacques Pollet et Jeannot étaient plus des frères que des cousins et les Pollet prodiguèrent au jeune Jeannot les mêmes soins et la même attention qu’à leur enfant Jacques. A quelques semaines seulement de la fin de ses études secondaires, cycle professionnel moyen, Jeannot annonça à ses condisciples « qu’il quittait ses études de Mécanique Automobile pour aller étudier la comptabilité en Belgique. Car pour devenir rapidement riche, déclara-t-il,  il préfère monter et gérer ses propres affaires. Comme Comptable, il s’y prendrait mieux que comme Mécanicien ».  M. Jean Pollet lui offrit cette opportunité tous frais payés. Cet épisode m’a été relaté par M. Paul Bandoma Vemba Nzongbé, son condisciple à l’E.P.O.M. de Gemena.

Cela étant, sur base du texte préparé par des experts Belges de Liège, les législateurs Congolais de la transition ont débattu et adopté comme disposition constitutionnelle, les critères d’éligibilité à la magistrature suprême dont celui d’être né (e) de père et mère Congolais. M. Jean-Pierre Bemba remplit ce critère sans ombre de doute car l’identité et les origines de ses parents sont clairement et nettement établies. Son itinéraire personnel comme élève, étudiant, et professionnel, est sans zone d’ombre.  Il a toujours porté le même nom, n’a pas d’autres parents que ceux mentionnés ci-dessus. Il n’est pas pédant et ne traîne pas le complexe de diplôme car il a obtenu ses palmes académiques par la force de travail personnel en fréquentant les facultés, les amphithéâtres, les salles des cours, les bibliothèques, les librairies… A quarante-quatre ans, il a vingt ans d’expérience de gestion des affaires. Un leader réellement testé.

Pour en revenir à la condition d’éligibilité, je ne pense pas que les experts Belges, à qui les législateurs Congolais de la transition ont emboîté le pas n’ont pas retenu ce critère par un malin plaisir pour codifier la xénophobie—comme le laisseraient croire certaines cogitations—mais plutôt par l’importance des fonctions du Chef de l’Etat dont l’effet marquant sur le destin des sociétés est unanimement reconnu de par le monde et non seulement au Congo. D’ailleurs en cette matière, la République Démocratique du Congo n’est pas différente des autres républiques qui peuplent la terre comme la France et les Etats-Unis. L’Etat de Californie, dont l’économie, extraite de l’ensemble Américain est parmi les dix premières du monde est présentement dirigé par le Gouverneur Arnold SHWARZENEGER, un Américain d’origine Autrichienne. La fonction de gouverneur est un véritable tremplin pour devenir président et le gouvernorat Californien ne fait pas exception. Le dernier Californien à emprunter cette voie est Feu Président Ronald REAGAN, un ancien acteur de cinéma comme le Terminator qui ne manque pas d’ambition. Mais, puisqu’il n’est pas né Américain, eh bien, M. SHWARZENEGER ne peut pas briguer la Maison Blanche, entendez un mandat présidentiel, quelle que soit la popularité dont il peut jouir auprès de ses concitoyens Américains. L’Américanité l’en bannit. Les Etats-Unis sont pourtant une république vieille de deux cent trente ans et essentiellement un pays d’immigrants. La Congolité dont certains s’offusquent n’est donc pas sui generis ni premier du genre !

Congolaises et Congolais, à vous donc de débusquer le déficit d’information à laquelle vous avez droit, les subterfuges et les stratagèmes, et choisir le prochain Président de la Patrie de Lumumba, Sœur Anuarite, Ngandu Kasese, Roger Patrick Nimy qui vient de nous quitter, Jason Sendwe, Léonard Mulamba, Eddy Kapend (muselé en prison), Georges Mangasa (muselé en prison aussi), Joseph Albert Cardinal Malula, Monseigneur Kataliko etc., sans être DUPE. Car, si vous n’y prenez garde, le rendez-vous hautement civique du 29 octobre prochain tournera en farce électorale. Le sursaut patriotique du 30 juillet dernier a épargné la nation d’une telle farce. Il n’y a pas de raison que cet élan nationaliste, ce mouvement citoyen, spontané et général, ne se cristallise davantage pour se muer en un véritable raz-de-marée final, de Buta à Songololo, et de Kasumbalesa à Zongo  sur Ubangi. L’heure est grave et appelle pour un choix sérieux, lucide, et sans complaisance. Ce n’est que le début d’une épreuve de longue haleine et tenez bon. «Courage [donc] enfants de noble race».

Patriotiquement,

Bouhdan M’BEMBO