Election présidentielle : Dieudonné Mirimo confirme le deuxième tour.

Kinshasa, lundi 7 août 2006. Le taxi retour est rare sur le boulevard du 30 juin. Après une journée de travail bien rempli, les Kinois se précipitent pour regagner leurs domiciles afin de suivre, comme annoncé par plusieurs journaux parus le matin et confirmé par Dieudonné Mirimo, porte-parole de la Commission Electorale Indépendante, sur différentes chaînes de télévision, les premières tendances de l’élection présidentielle du dimanche 30 juillet, à partir des résultats fournis par les centres de compilation.

Peine perdue. Malu Malu, l’abbé président, a, avec son éternel sourire, prolongé le suspens des congolais en les renvoyant au 20 août, non sans leur avoir rappelé les dispositions pertinentes de la loi électorale qui excluent la publication des tendances par la Commission Electorale Indépendante. En attendant, les impatients pourront toujours se faire une idée des tendances à partir des résultats affichés aux 62 centres de compilation éparpillés à travers le pays.

Tout en trouvant louable l’attitude de Malu Malu de se conformer à la loi électorale et de la rappeler à ses impatients des compatriotes, l’opinion ne comprend pas très bien la raison de ce revirement de la Commission Electorale Indépendante au moment où la nécessité s’impose d’apaiser la tension, de tordre le cou aux rumeurs de toute sorte et de couper court aux différents résultats, traités des faux, qui se vendent sur la place de Kinshasa par ‘‘les fossoyeurs de la république’’

La communication de Malu Malu n’a fait qu’alourdir le climat de méfiance ambiante qui a suivi la tenue de l’élection du 30 juillet. Les observateurs se demandent si Dieudonné Mirimo, en promettant la publication des tendances par la Commission Electorale Indépendante pour lundi, avait parlé de son propre chef, en son nom, où avec le mandat de la Commission Electorale Indépendante et au nom de la celle-ci ? Parce que Mirimo, en sa qualité de porte-parole est l’une des bouches autorisées de la Commission Electorale Indépendante, il ne peut qu’être évident qu’il avait bel et bien engagé la commission.

Quel cran, ce Malu Malu ! L’abbé président parle de malentendu et improvise un cours inopportun sur la loi électorale. Ainsi, tous les organes de presse, tous les états-majors des partis politiques et même certaines missions diplomatiques, qui avaient poussé un ouf de soulagement, tant les rumeurs prenaient des allures inquiétantes, auraient tous mal compris le message de la Comission, donné par son porte-parole attitré ! Soit ! Les congolais prendront leur mal en patience en se contentant des tendances qui leur seront données par les organes de presse, les états-majors des partis politiques et les associations de la société civile.

En attendant, la presse a quand même voulu s’enquérir de la gestion des cartons des urnes et isoloirs après les élections présidentielle et législative. Le porte-parole de la Commission Electorale Indépendante a répondu que son institution a donné les instructions aux chefs des bureaux et des centres de vote d’entreposer ces cartons jusqu’à nouvel ordre, pour éviter que leur présence dans la nature en rajoute aux rumeurs et amplifie les suspicions qui entourent déjà le processus électoral.

A une autre question d’une journaliste de savoir si ce matériel ne pouvait quand même pas servir pour les prochaines étapes du processus électoral, le très sympathique Dieudonné Mirimo, qui doit visiblement beaucoup aimer les microphones, a lâché : ‘‘ Non, nous avons déjà commandé le matériel pour les élections provinciales, locales, et même pour le deuxième tour de l’élection présidentielle ’’.   

Tout compte fait, ça ne fut pas une aussi mauvaise soirée que ça. Même si l’opinion n’a pas eu les premières tendances, elle a au moins cette fois-ci entendu, de la bouche autorisée de la Commission Electorale qu’il sera bel et bien organisé un deuxième tour de l’élection présidentielle. Ce qui ne fait que confirmer la conviction de tous les observateurs avisés selon laquelle, en raison des données objectives disponibles, le deuxième tour de la présidentielle était inéluctable.

Il ne reste alors qu’à prier que le bon abbé ne vienne pas une fois encore parler de malentendu et endormir les électeurs avec, ex cathedra, un cours de vulgarisation de la loi électorale.

Anthony Katombe