Galvaudage lexical : le nouveau filon congolais (Fin).

Les politiciens congolais réunis à Sun City, Afrique du Sud, ont assigné aux élections à venir, à travers l’Accord Global et Inclusif (AGI), les fonctions de résolution de la question de la légitimité du pouvoir et de réalisation de la réconciliation nationale. Aussi peut-on comprendre que ceux qui portent la responsabilité de la mort de plus de 4.000.000 des congolais et du pillage de plus de 20.000.000.000 des dollars américains, de 1996 à nos jours, aient été tolérés par le peuple, non seulement pour gérer le pouvoir politique pendant la transition, mais aussi pour avoir la possibilité de solliciter son suffrage à l’issue de celle-ci.

Seulement voilà, alors que ceux qui devraient normalement être en prison après avoir répondu de ces actes innommables ont été accepté pour gérer le pouvoir d’état et concourir au suffrage, tout a été mis en place par certains commissaires européens, certains ministres belges et certains hauts fonctionnaires de l’ONU, en instrumentalisant leurs pions à Kinshasa, pour écarter, dans un premier temps, de la gestion du pouvoir pendant la transition, et ensuite du processus électoral pourtant voulu inclusif pour résoudre la question de la légitimité du pouvoir et sceller la réconciliation nationale, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), la principale force politique du pays.

Les puissants médias occidentaux ont été mis à contribution tout au long de cette mise à l’écart pour accréditer la thèse d’un soi-disant boycott de la part de l’UDPS, d’abord contre les institutions et ensuite contre le processus électoral, en prenant bien soin de ne rien dire sur les raisons pourtant plus que pertinentes avancées par la fille aînée de l’opposition congolaise pour justifier sa démarche.

Pour les Congolais, dont la longue transition a aiguisé le sens critique, l’UDPS et son président, le Docteur Tshisekedi, ont été mis à l’écart bien avant la tenue du dialogue national, sous l’instigation d’un certain commissaire européen, alors ministre belge des affaires étrangères. Aux yeux des congolais, ce monsieur passe pour le représentant d’une certaine communauté internationale maffieuse, qui, après avoir endeuillé et pillé le pays pendant dix longues années, n’en finit toujours pas de se payer la facture d’une guerre business injustement imposée au Congo.

La présence de Tshisekedi était donc à éviter à tous prix dans les institutions de la transition, et surtout dans le processus électoral. Et comme le mentor du 1+4 connaît ‘‘Le sphinx’’ légaliste, il a tout fait mettre en route par son poulain pour pousser l’homme de Limete à se cabrer.

Tenez, alors que l’Accord Global et Inclusif préconise le recensement comme première étape du processus électoral, la CEI l’a superbement ignoré et s’est lancé dans l’enrôlement des électeurs sur base des prévisions du cru du bon abbé Malu Malu, lesquelles prévisions créditent les régions prétendues favorables au président sortant de la plus grande densité, alors qu’elles ont connu des morts et des déplacements des populations.

Tenez encore, l’ordre de la tenue des élections décidé dans l’AGI est croissant, de la base au sommet, c’est-à-dire, des élections locales aux présidentielles. Mais la CEI, avec la bénédiction de son maître à penser, a unilatéralement décidé d’en inverser la séquence, pour, comme le soupçonne Monsieur Carlo de Filipi, Représentant de l’Union Européenne à Kinshasa, permettre au président sortant, présenté publiquement par Monsieur Michel comme une chance pour le Congo, d’en instrumentaliser la suite à sa guise.

Tenez toujours, le parti du Leader Maximo n’a été reconnu par le ministre PPRD de l’intérieur que la veille de la clôture de la période (prolongée) du dépôt des candidatures. Le parti du président sortant s’est livré à une provocation de bas étage en entretenant une confusion révoltante avec une certaine autre UDPS d’un de leur homme de paille qui a fini par les rejoindre, au grand jour..

Tenez enfin, la demande de l’UDPS pour la réouverture des bureaux d’enrôlement pour ses membres a essuyé un refus catégorique de la CEI qui a invoqué les contraintes de calendrier et de budget, les élections devant se tenir avant le 30 juin 2006. Louis Michel, qui dirige le Congo par procuration depuis l’ancienne métropole colonisatrice et qui ne se gêne jamais de prendre position sur le déroulement du processus électoral, s’est fendu d’une réponse qui en dit long sur son impartialité. Pour lui, cette requête de réouverture c’était se moquer du monde.

Seulement, on arrive au 30 juin sans ces élections promises et sans l’inclusion de l’UDPS. Pourtant, les mentors et les dirigeants congolais ne parlent pas moins d’élections inclusives et ne professent pas moins en attendre la réconciliation nationale et la résolution de la question de la légitimité du pouvoir.

Le plus révoltant est que ces messieurs qui n’ont pas été foutus d’organiser les élections en 36 mois de transition, malgré un passage en force le 30 juin 2005, poussent maintenant l’arrogance jusqu’à définir la matière et le cadre des concertations politiques, là où ils devraient humblement expliquer au peuple pourquoi ni les élections, ni les autres objectifs de la transition définis par l’AGI n’ont pas été atteints à la fin de cette transition limitée par ce protocole au 30 juin 2006.

Après avoir pris en otage la transition de bout en bout, après avoir fait le chantage aux congolais aux moyens de leurs armes, eux qui ne représentent qu’eux-mêmes et leurs souteneurs occidentaux, voudraient tenir les concertations pour la sécurisation de leurs élections qui devraient se tenir absolument le 30 juillet 2006 et les reconduire au pouvoir. 

Et cette UDPS qui n’a su faire prévaloir aucune de ses thèses parce que sans armée, irait aussi à ces fameuses concertations qui baliseront le chemin aux candidats présidents et députés pilleurs, violeurs et massacreurs afin qu’ils se succèdent à eux-mêmes ? 

On peut toujours rêver et galvauder les termes tout son soul, mais disons clairement que de telles élections seront tout ce que l’on voudra mais jamais libres, ni démocratiques, ni transparentes, ni inclusives, et n’engageront que la maffia internationale et ses relais locaux, les fameux « Kapita médaillés » qui y participeront. Et partant, elles ne résoudront rien du tout ni quant à la question de la légitimité du pouvoir, ni quant à la réconciliation nationale.

Il importe aujourd’hui, plus qu’hier, après cet échec patent des animateurs de la transition, de les placer devant une exigence de comptabilité et non pas de leur offrir à moindre coûts des concertations qui ne feront que leur donner une occasion de plus de se moquer de l’UDPS et du peuple. On ne peut se concerter que si, après avoir cheminé dans une même vision et une même démarche, on se rend compte qu’on n’arrive pas aux résultats escomptés.

Peut-on raisonnablement soutenir que le 1+4 est resté dans la logique de la gestion de la transition et de l’organisation des élections telles que codifiées par l’AGI ? A moins qu’on se mette encore à galvauder comme on en a pris l’habitude dans ce pays qui n’en finit pas de foutre le camp, ces messieurs doivent tout simplement rendre le tablier et laisser la gestion du pays aux commissaires généraux de l’administration publique.

Les membres du PPRD racontent même à qui ne veut pas les entendre qu’il n’est pas question de prolonger la transition. Ils donnent l’impression d’être populaires et d’être pressés d’aller  aux élections. Mais parce que les nouvelles institutions ne seront pas installées le 30 juin 2006, par la faute du 1+4 conduit par leur chef qu’on dit pourtant respecter les promesses, et parce que malgré leur galvaudage, la transition continuera jusqu’au remplacement de ce leadership de prédation, confier aux secrétaires généraux la gestion de la nouvelle transition allant du 30 juin à l’entrée en fonction des institutions issues des élections est le seul test de bonne foi qui tienne.

Cette mesure a l’avantage de dégager aux animateurs de la transition finissante du temps pour vaguer à leur campagne en toute liberté et de mettre les finances de la république à l’abris des ponctions mortelles.

Seulement après, des concertations pourront avoir un sens, car tout le monde viendra autour de la table sans titre ni fonction usurpés par la force après la transition la plus honteuses qu’un peuple ait jamais connue.   

Anthony Katombe