MENSONGES D’ETAT

Une fois encore, les événements de ces dernières semaines nous amènent à jeter un regard critique sur la Transition en cours en République Démocratique du Congo. Et le moins que l’on puisse dire est que les conclusions qui s’imposent suite à cette analyse sont de nature à renforcer l’image d’un désastre non seulement annoncé, mais annonciateur d’une plus grande catastrophe qui risque d’engloutir pour de bon cette pauvre nation qui a pourtant déjà connu bien des malheurs.

En effet, après les dérives et autres erreurs stratégiques dans la conduite de la Transition en elle-même, après les questionnements- au demeurant toujours sans réponses claires- sur l’identité de la « haute hiérarchie » et que certains nomment la « congolité », après les arrestations et détentions arbitraires d’individus dont le seul tort est de poser des questions démocratiques et après tant d’autres pillages, détournements scandaleux de deniers publics et autres méfaits sans noms, après de multiples mais fausses tentatives de coup d’état,… Et après tout cela nous sommes en droit de dire que c’est dans une atmosphère viciée et extrêmement volatile que le pays vit.

À cause de tous ces « mensonges d’état », le Congo est au bord de l’explosion, à l’instar d’un volcan réveillé par toute une série de tremblements de terre. Ces mensonges qui se répandent comme un venin mortel, comme un virus qui, lentement mais sûrement, gangrène tout le pays.

Depuis la tentative de coup d’état par Eric Lenge à la dernière en date impliquant, selon le Ministre Mbemba Fundu (PPRD de Kabila), 32 mercenaires originaires du Nigeria, des USA et d’Afrique du Sud, en provenance d’Irak, en passant par les répressions brutales et odieuses de manifestations qui demandent pacifiquement la fameuse « inclusivité » de tous les Congolais au processus, en passant aussi par la mise d’hommes et de femmes du peuple sous les verrous pour des motifs fallacieux de « discours haineux et xénophobes » (Kutino) ou  « d’atteinte à la personne du Chef de l’Etat » (Pasteur Ngoy), depuis le jour d’accession au pouvoir en janvier 2001 (mensonges sur les circonstances de la mort de Laurent Desiré kabila) et, par la suite, les mensonges sur le parcours militaire et le cursus scolaire de l’homme « à la grande capacité d’écoute »,… Depuis tout ce temps, la vérité est absente dans le processus de Transition.

La vérité est escamotée lorsque nous demandons ce qu’il en est des contrats miniers (300 milliards de dollars potentiellement bradés selon Robert Crem, ex PDG de la Gécamine et 15 milliards de dollars pillés en moins de 10 ans selon le rapport de la Commission Lutundula). La vérité est cachée lorsque nous demandons, avec légitimité, de connaître l’identité de ceux qui briguent un poste publique. Et nous pourrions continuer ainsi sur des pages entières !

Or, pour que l’avenir ne soit pas irrémédiablement hypothéqué, et plus d’une fois nous l’avons souligné, il est absolument nécessaire que de rapides et efficaces corrections soient apportées au processus de normalisation de la vie politique au Congo. Bien sûr, nous entendons par là, la nécessité d’une concertation entre les forces vives du pays, à la limite même de l’organisation dans l’urgence d’un nouveau référendum national sur le sujet….

Mais  est-ce réaliste ? Est-ce ce que veulent vraiment les « maîtres-concepteurs » du processus ? Est-ce ce que veut le peuple ?

A ces questions, nul ne peut se targuer de savoir avec exactitude quel est le désir du peuple sur ce point précis. Mais tous nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que le plus grand souhait du peuple est d’en finir pour toujours avec les sempiternelles souffrances attachées à la mauvaise gouvernance, à la prédation inconsidérée des ressources et des richesses du pays par tous les gouvernants et acteurs socio-politiques qui se sont succédé à la tête de l’état congolais depuis l’indépendance.

Oui, le peuple ne veut plus que soit mis sur son chemin tout obstacle pouvant enrayer sa marche vers le bonheur et cela est plus que compréhensible. Et cette évidence nous pousserait à conclure que le Peuple Congolais ne veut pas de négociations, de concertations, de table ronde, d’arrêt du processus.

Cependant, pour la réussite et pour assurer la pérennité de la « Maison Congo » que nous voulons ériger, il va de soit que les fondations de cette construction soient d’une solidité à toute épreuve. Et pour cela, ces fondations se doivent d’être non seulement parfaites  mais, elles doivent aussi être posées dans un terrain solide.

Est-ce le cas pour le pays ? La Constitution et les élections (les fondations) sont mal conçues et le terrain (le peuple et l’environnement actuel) sont en pleine effervescence et en proie à une agitation exacerbée par les agissements crapuleux de la classe dirigeante.

La nécessité d’avoir un terreau fertile capable de faire germer et croître la démocratie au Congo est tellement évidente, que beaucoup pensent que c’est déjà un acquis. Mais c’est une erreur que de le croire car la réalité de la situation actuelle nous fait prendre conscience que les mensonges d’états ne rencontrent pas les attentes du peuple. Et les conséquences de ces mensonges sur la vie de tout un chacun sont perceptibles aujourd’hui. Et lorsque plus haut nous avons dit que le Congo se trouve au bord de l’explosion, il suffit de se reporter aux dernières déclarations de Kyungu et Katumbi qui menacent de détacher le Katanga du reste du pays si jamais leur champion Kabila ne sortait pas vainqueur des élections, et au premier tour encore. Rajouter les menaces de recours à la « contestation armée » de la part des ex belligérants qui seraient perdants et qui ont jusqu’aujourd’hui garder plus ou moins intact leurs « armées de libération » et vous aurez alors un tableau assez sombre de ce qui va se passer très prochainement si le « tir » n’est pas corrigé.

Au vue de tout cela, et sachant que les élections, en soit, ne sont pas la panacée aux problèmes plus profonds de la RDC, mais qu’elles sont un élément capital pour le devenir de notre Patrie, ne serait-il pas judicieux de ce pencher sur le problème avant qu’il ne soit trop tard ? Et se pencher sur ce problème veut dire une rencontre avant le 30 juin 2006 pour une expertise et une correction des erreurs. Les délais étant déjà bien dépassés, cette rencontre s’impose tout en soulignant qu’elle ne nuira pas au processus et au principal bénéficiaire de ce processus, le peuple.

Philippe Lomboto Liondjo

Bana Congo, Section Suisse.