En tout premier lieu, permettez que j'adresse un mot de reconnaissance à Tony Katombe pour l'engagement qu'il montre et qui est aussi grand et louable que celui de chacun d'entre nous.

Cette nouvelle initiative, cette nouvelle idée d’action qu’il propose vient rejoindre le flot de tout ce qui a déjà été entreprit par nombre de congolais, isolément ou au sein de regroupements et associations dont le seul but, la seule finalité est qu’enfin le jour se lève sur la longue nuit congolaise. C’est pour l’avènement de cette aube démocratique qui doit permettre au pays et au peuple de connaître enfin une vie meilleure que nous luttons, que nous échangeons nos réflexions, que nous scrutons avec attention ce qui se passe au pays et dans le monde. Et c’est pour cela que nous nous sommes engagés dans cette bataille cruciale pour que l’avenir du Congo ne soit pas identique ou pire que son passé.

Et Tony a trouvé le terme adéquat pour qualifier ce virus qui nous étreint le corps, oui nous sommes atteints de « congomania »…Et je crois que vous comme moi, ne sommes pas prêt d’en être débarrassé !

La République Démocratique du Congo est toujours dans l’expectative, dans l’incertitude de ce qui va réellement se passer dans les quelques semaines à venir. Les opérations de dépôt de candidatures pour la magistrature suprême auprès du BRTC, sous la haute vigilance du « boss » de la CEI, sont terminées depuis le 02 avril dernier (au lieu du 23 mars 2006 comme initialement prévu) et un nombre record de personnes ont déposé leurs dossiers faisant ainsi part à tous de leur intention de devenir Président de la République.

En ce qui concerne les candidats pour la députation nationale, il y a 9'000 dossiers pour 500 postes.

On dit que le ridicule ne tue pas. Cet adage se vérifie aujourd’hui au Congo-Kinshasa et il n’y pas de quoi se flatter de détenir ces deux records.

La crédibilité de la classe politique congolaise, crédibilité déjà bien écornée depuis des lustres, en prend encore un sacré coup, si vous me passez l’expression. En effet, comment peut-on nous faire croire que cette pléthore de candidatures est un signe d’une évolution positive vers plus de démocratie ? Qui peut être assez mentalement déficient pour croire que nous avons là la préparation sereine et intelligente d’un scrutin dit libre, transparent, crédible et inclusif ?

Ce n’est pas parce que vous avez la quantité (et dans notre cas, quantité faramineuse) que vous avez la qualité. Or, c’est de cette qualité que l’avenir de notre nation dépendra. On nous à jeté de la poudre aux yeux en nous faisant croire que la scandaleuse somme exigée comme caution, non remboursable de surcroît, devait servir à garantir une certaine qualité des candidatures. Mais force est de constater qu’il n’en est rien, et loin s’en faut !

Seulement voilà ! De toute part il nous est dit, à nous qui sommes ‘‘déraisonnables’’ et qui voulons que ces élections soient réellement crédibles, que mieux vaut ces élections, certes imparfaites, que pas d’élections du tout. Et ce parce que le peuple en « a marre » d’attendre depuis 40 ans de pouvoir enfin voter librement et démocratiquement. Alors il est impératif que nous ne perturbions pas le bon déroulement du « programme » conçu par tout un florilège d’entités et de personnages qui ont une particularité commune : ils ne sont pas congolais. Je ne m’étendrai pas à les lister car ils ne sont que trop connus.

Mais en regardant bien « au fond des choses », un être quelque peu sensé s’apercevra bien vite que trop de petits détails présentent des « défaillances techniques » qui risquent de prendre un caractère irréparable s’ils ne sont pas corrigés au plus vite. Sinon, au final, ils vont déboucher sur une « pantalonnade » sans précédent et inacceptable dans n’importe quel pays.

L’entrelacement observé ces derniers jours des bourdes de la CEI à propos de l’ouverture de la campagne électorale, corrigedum maladroit sur le sujet, explications alambiquées et insensées concernant la recevabilité de diverses candidatures « militaires », non-paiement des salaires de certains agents de la CEI (ce qui crée de malheureux événements comme à Lodja),  non-participation d’une frange importante de congolais, mise sous silence et non-traitement public du rapport Lutudunla, signes de collusion évidente entre la Cour Suprême de Justice et l’espace présidentiel (par le biais du PPRD), j’en passe et des meilleurs, tout cela fait que la crédibilité tant recherchée par les concepteurs de ces élections n’apparaît vraiment pas.

Que l’on me corrige si je me trompe, mais les quelques rudiments d’architecture que j’ai me font dire que lorsque l’on construit sa maison, on commence par une fondation adéquate pour en assurer une grande solidité…

Les premières élections depuis plus de 40 ans, prétendues libres, transparentes et tutti quanti devraient constituer cette fondation, ce socle sur lequel nous allons bâtir une nation forte et destinée à se survivre pour des millénaires…Oui, nous sommes au stade de la fondation de notre ‘‘maison Congo’’. Et à voir ce qui se passe en ce moment de l’érection de cette fondation, je crains fort que la maison ne s’écroule avant que nous ayons posé le toit.

Alors je demande : Maintenant que nous sommes dans ce « brouillard » et que le temps s’égrène inexorablement, allons-nous persister à croire à ce « miracle » à la sauce Communauté Internationale avec une pincée de sel CEI ?

Et c’est en ceci que je rejoins les propos de Jean Eric Badibanga de « Mouvement Agir Pour le Congo », et éditeur du site www.muanacongo.com lorsqu’il nous interpelle et demande « Pensez-vous que les élections, truquées ou pas, transformeront les loups en agneaux? » Et comme lui, ma réponse, ma conviction profonde est NON !

NON !!! Jamais, au grand jamais ces « transitionistes » ne se transformeront, par on ne sait quelle magie ou opération du Saint Esprit, en de consciencieux et honnêtes démocrates, respectueux des lois et de la volonté du souverain primaire. Et on ne peut décemment croire que les élections conçues, financées et protégées par des acteurs aux intérêts financiers en contradictions avec les aspirations du peuple congolais vont lâcher la « poule aux œufs d’or ».

Mais pour moi, l’initiative proposée par Tony Katombe est un plus dans notre lutte. En fait, c’est une pique en plus que nous pouvons insérer dans notre carcan et nous pourrons la sortir au moment adéquat.

Donc, je suis pour cette idée, tout en étant aussi dans la ligne de pensée de notre frère Badibanga pour une révolution populaire d’ampleur.

Philippe Lomboto Liondjo

BanaCongo Section Suisse